Il retint ma main une seconde encore, et puis la laissa doucement aller.
— Pourquoi ?
— Il le faut.
— Pourquoi ?… demanda-t-il encore. Ne pouvons-nous donc être deux amis… et mieux que cela ? Chaque fois que je vous ai vue, il me semblait, — que mes paroles ne vous offensent pas ! — il me semblait que vous étiez très seule et que vous en souffriez, et que, malgré toute votre apparence raisonnable, vous aviez… plus que le désir… le besoin profond de l’amour… d’un amour…
Il hésitait, mais il n’eut pas le loisir de chercher la fin de cette phrase.
— Vous vous trompez… Je ne souffre pas de cette solitude… J’ai l’amour…
Ma voix sourde, profonde, sincère, m’était tout à coup étrangère, et j’avais la curiosité, j’avais l’étonnement, j’avais la stupeur des paroles qu’elle prononçait.
— Oh !… murmura Philippe Fabréjol, pardonnez-moi !
Ses paupières, un peu nerveusement, battirent sur ses yeux bleus dont s’assombrissait la lumière, mais il n’ajouta aucune parole. Au bout d’un petit moment il se leva et commença d’examiner les tableaux qui se trouvaient dans la salle. Il avait bien l’air de les regarder, car il s’en approchait d’abord, déchiffrait la signature, semblait étudier la matière, et puis se reculait un peu pour mieux les juger. Mais bientôt il revint vers moi, et, calme comme il était toujours, avec son beau regard un peu moins animé et qui restait amical :
— Voyez-vous, dit-il, combien la franchise est préférable à toutes choses. Je croyais que vous étiez libre… Je veux dire… de cœur, ce qui est la vraie liberté, et j’allais, je le pense, devenir amoureux de vous. Mais vous n’êtes pas coquette, et je vous remercie. Une autre aurait pu s’amuser quelque temps de mes trop simples paroles et me rendre bien plus malheureux encore que je ne vais l’être. Vous avez raison. Je partirai tout de suite. Là-bas je saurai bien chasser la sottise de certains rêves s’ils viennent me retrouver. Et à mon retour, dans longtemps, si je vous revois, je vous raconterai si tranquillement mes pensées, toutes mes absurdes pensées, pendant cette semaine où j’ai vécu dans la joie d’attendre votre réponse, que vous en rirez avec moi.