Un peu plus tard, et bien que le silence entre nous eût été assez long pour qu’elle eût tout le loisir de changer de pensée, elle demanda encore :
— Et… tu es bien sûre qu’en parlant de moi il n’a pas dit « votre mère » ou « madame Georges »… mais bien… « ma tante » ?
— Tout à fait sûre. Cela m’a surprise… et en même temps…
— Oui, dit-elle, n’est-ce pas, cela t’a fait plaisir… Oh !… d’ailleurs.
Tout heureuse, elle rapprocha sa chaise de la mienne.
— Lui est très simple, tu sais, et très gentil. Je suis sûre qu’il nous verrait bien, si ce n’était sa grand’mère. Tout enfant, je me rappelle, il me riait sur le cours quand je le rencontrais, et quand je suis devenue veuve, je sais qu’il voulait m’écrire, mais Mme Landargues le lui a défendu. Il est assez aimé dans le pays. Les gens parlent de lui comme ils parlaient autrefois de ton père. C’est-à-dire, pas tout à fait… tu comprends… mon Georges était encore plus simple… mais enfin…
Parce qu’elle me parlait ainsi, j’osai dire :
— Il m’a plu…
Elle ne parut point du tout choquée de cette libre opinion.
— Si tu le rencontres encore, sois bien aimable, ma petite fille. N’aie pas l’air de courir après lui, naturellement. Il faut garder sa dignité. Mais il ne faut pas non plus être désagréable. S’il te salue, réponds avec un petit sourire ; s’il veut s’arrêter pour te parler, arrête-toi aussi et ne passe pas comme une qui fait semblant de mépriser le monde. Certainement, je ne ferai jamais d’avance aux Landargues, mais, s’ils veulent se remettre avec nous, il serait maladroit de leur tourner le dos…