— Monsieur François Landargues parle à ces femmes ! s’étonna le docteur.
Et je sus aussi que tout de suite, et malgré qu’à cette distance il ne put bien juger de moi, il ajouta :
— En vérité, celle-ci est charmante. Monsieur François a d’ailleurs le goût fort bon.
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Guicharde s’emporta quand elle connut cette rencontre, mais maman, après les premières exclamations, n’ajouta plus mot. Pendant le repas, elle fut distraite jusqu’à se couper trois fois du pain, tandis que les morceaux intacts demeuraient devant elle. Un peu plus tard, ayant à écrire une lettre pour que l’on nous portât un chargement de bois, elle demeura plus d’une heure devant sa table parce que les petites pensées consacrées à cette besogne étaient bousculées dans son esprit et mises de côté par d’autres pensées. Et dans la journée, profitant d’un moment où ma sœur était absente, elle vint s’asseoir auprès de moi. J’étais sur la terrasse avec mon métier à dentelle et, pratiquant le seul art que l’on m’eût appris, je tissais les points délicats du vieux Flandre avec soixante fuseaux de buis.
— Alors, demanda maman, après avoir hésité plus de cinq minutes, c’est bien vrai qu’il t’a parlé de moi avec politesse et qu’il a demandé de mes nouvelles ?
Elle n’avait besoin de nommer personne. Je tordis quatre fils, piquai une épingle à leur entrecroisement et je pus répondre avec calme :
— Mais oui, maman, bien vrai, je vous assure.
— C’est étonnant, dit-elle.
Et je vis, malgré toute son application à l’indifférence, qu’une petite joie orgueilleuse montait à son visage.