— Très heureuse.

— Ah ! remarqua-t-il, vous vous êtes appliquée pour le dire, et cela se voit. Vous ne saurez donc jamais bien dissimuler, ma pauvre enfant. Cependant, vous aurez bientôt trente ans, si je ne me trompe, et vous devriez avoir plus de finesse.

Son ton était bien celui d’autrefois, mais il dédaignait et blessait davantage. Et il se fit plus blessant et dédaigneux encore pour prononcer :

— Votre mari va bien ?

— Très bien.

— Content des affaires ? Je veux dire… enfin, oui, content ?

— Assez.

— La saison est excellente pour lui. Savez-vous que par cette sécheresse les « launes » se vident, les poissons y meurent et pourrissent dans la vase ? Il commence à venir de là des émanations pestilentielles et l’on nous annonce, si ce temps continue, les pires maladies. Voilà de quoi réjouir un médecin qui, comme lui, sait bien entendre son métier.

Ayant insolemment prononcé ce dernier mot, il se tut et commença de me regarder. Mais il vit bien que désormais je n’entendrais plus ce que disait ce regard. Alors, tout irrité, se vengeant aussitôt, et riant d’un petit rire dur qui sautait dans sa gorge :

— J’espère bien que vous avez oublié, — en oubliant tant d’autres choses, — les réflexions que j’ai pu vous faire sur lui. Elles étaient peu indulgentes, me semble-t-il, et je vous en demande pardon… mais je ne pouvais pas prévoir…