Il me regarda ; mais ses yeux un peu fixes ne me voyaient pas. Enfin ses paupières battirent nerveusement, et se détournant sans me répondre :
— Ma trousse, dit-il, jetant cet ordre à Guicharde. La petite trousse avec les aiguilles ; et la boîte noire qui est dans le placard, derrière le bureau. Voilà la clef.
— La noire ? répéta Guicharde prudente, sachant que chacune des quatre boîtes enfermées dans ce placard contenait des produits différents.
— Oui… la noire… vite.
Elle sortit. Je courus derrière elle. En bas, dans le vestibule, la lampe posée sur une petite table éclairait un vieil homme qui se tenait debout, les bras croisés. Bien qu’il y eût là trois chaises toujours prêtes pour ceux qui attendaient, il ne voulait pas s’asseoir tant son impatience était grande, et le talon de son gros soulier paysan ne cessant de battre la dalle, cet homme semblait tout agité d’un tremblement continu qui le secouait jusqu’aux épaules et jusqu’au bout de ses grandes mains, stupidement pendantes à son côté et comme écartées d’épouvante.
— Pardon, dit Guicharde en passant devant lui, j’ai besoin un instant de la lumière.
Elle prit la lampe pour aller dans le cabinet de Fabien et je demeurai dans l’ombre auprès de cet homme qui tremblait. Mon frisson, comme le sien, ne cessait pas. Et le bruit continu de son talon sur les dalles blessait mes nerfs au point que je crus dire très bas :
— Taisez-vous… oh ! taisez-vous !
Sans doute, je ne prononçai pas ces paroles. Mais je demandai, et ce fut aussi très bas :
— Qui est malade ?