Guicharde s’assit sur la petite chaise où s’asseyait maman pour apprendre de son oncle Jarny à tenir les livres, et moi sur une caisse qui renfermait ses pauvres robes noires et son dernier chapeau. Nous ne disions plus rien et rien au-dessous de nous ne bougeait dans la maison silencieuse. Vers midi, le marché ayant pris fin, les rumeurs qui nous venaient par-dessus les arbres et les murs s’en allèrent par tous les chemins de la campagne. Alors, juste au-dessous de nous, le bruit pressé d’un moteur haleta dans ce silence. J’entendis grincer la grosse serrure de notre porte charretière. La trompe gémit à l’angle de la rue.
— Il s’en va, dis-je à Guicharde.
— Ah ! qu’il s’en aille !
Et nous respirions mieux malgré l’orage qui déjà était sur nous. Il stagna cependant plus de deux heures avant que d’éclater. Voyant le ciel s’assombrir, je murmurais de temps en temps :
— C’est la nuit, déjà la nuit !
— Mais non, disait Guicharde, il est trois heures seulement… il est quatre heures.
Enfin le premier éclair enflamma notre lucarne, et les toits au delà, et tout l’horizon. Le ciel entier croula dans un grondement formidable et prolongé. Les premières gouttes, pesantes, pressées, crépitaient si violemment sur les tuiles, au-dessus de nous, qu’elles semblaient les rompre en éclats.
Je n’aime pas l’orage ; quand il vient, je ne puis le supporter qu’en me réfugiant dans les pièces basses de la maison et je demande plus de six fois à Adélaïde si toutes les fenêtres sont bien fermées. Mais, ce jour maudit, je ne pouvais recevoir du dehors et sentir dans ma chair aucune frayeur. Je ne cessais pas d’entendre un tumulte plus fort que ce bruit que font les nuages ; je ne cessais d’être éblouie par une lumière plus effrayante.
— As-tu peur ?… demandait Guicharde étonnée de mon calme. Veux-tu descendre ?