Tout bas, je disais à mon tour :
— Il a tué !… il a tué !… Fabien Gourdon, le docteur Gourdon, mon mari, a tué… Il a osé tuer monsieur François Landargues.
Et je demandais encore :
— Tu le crois, Guicharde, tu le crois ?
Déjà, regrettant ses paroles, elle recommençait de dire : « Je ne sais pas. » Mais sans plus l’interroger, je lui saisis la main parce que, derrière la vitre, j’avais vu trois femmes qui s’arrêtaient. Elles me semblaient observer la maison. J’avais peur de leur regard, peur aussi de me sentir trop près de Fabien.
— Allons-nous-en !
— Où cela ?
— Viens !
Je l’entraînai. Fabien, d’un instant à l’autre, pouvait entrer dans ma chambre, et je ne songeai point à m’y réfugier. Nous montâmes les deux étages. Tout au fond du vieux grenier, des planches recouvertes d’une peinture à la chaux formaient une petite chambre où nous avions relégué quelques meubles qui nous venaient de maman et que Fabien n’avait point jugés dignes d’être vus dans sa maison. Il y avait au dedans de la porte un pauvre verrou dont les clous ne tenaient plus. Je le poussai cependant. La buée orageuse, plus blanche et lourde que la veille, recommençait de tendre le ciel ; par la lucarne sans vitres, dont le volet pendait sur son gond rouillé, entrait et s’amassait dans ce réduit la plus suffocante chaleur.