Mademoiselle Olympe apportait sur une assiette des tranches de pain grillé; elle poussa devant elle le petit estropié que j'avais vu culbuter tout à l'heure. L'abbé le saisit par le bras:
--Allons, Casimir! Vous n'êtes plus un bébé; venez saluer Monsieur Lacase comme un homme. Tendez la main... Regardez en face!... puis se tournant vers moi comme pour l'excuser: --Nous n'avons pas encore grand usage du monde...
La timidité de l'enfant me gênait:
--C'est votre petit-fils? demandai-je à Madame Floche, oublieux des renseignements que l'abbé m'avait fournis la veille.
--Notre petit-neveu, répondit-elle; vous verrez un peu plus tard mon beau-frère et ma soeur, ses grands-parents.
--Il n'osait pas rentrer parce qu'il avait empli de boue ses vêtements en jouant avec Terno, expliqua Mademoiselle Verdure.
--Drôle de façon de jouer, dis-je, en me tournant affablement vers Casimir; j'étais à la fenêtre quand il vous a culbuté... Il ne vous a pas fait mal?
--Il faut dire à Monsieur Lacase, expliqua l'abbé à son tour, que l'équilibre n'est pas notre fort...
Parbleu! je m'en apercevais de reste, sans qu'il fût nécessaire de me le signaler. Ce grand gaillard d'abbé, aux yeux vairons, me devint brusquement antipathique.
L'enfant ne m'avait pas répondu, mais son visage s'était empourpré. Je regrettai ma phrase et qu'il y eût pu sentir quelque allusion à son infirmité. L'abbé, son potage pris, s'était levé de table et arpentait la pièce; dès qu'il ne parlait plus, il gardait les lèvres si serrées que celle de dessus formait un bourrelet, comme celle des vieillards édentés. Il s'arrêta derrière Casimir, et comme celui-ci vidait son bol: --Allons! Allons, jeune homme, Avenzoar nous attend!