L'interrogation de cet enfant était si confiante que je n'eus pas le coeur de me dédire:

--Veux-tu que je t'écrive sur un petit papier que tu garderas?

--Oh! oui, fit-il en embrassant ma main bien fort et manifestant sa joie par de bondissements frénétiques.

--Sais-tu ce qui serait gentil, maintenant? Au lieu d'aller pêcher, nous devrions cueillir des fleurs pour ta tante; on irait tous les deux lui porter un gros bouquet dans sa chambre pour lui faire une belle surprise.

Je m'étais promis de ne point quitter la Quartfourche sans avoir visité la chambre d'une des vieilles dames; comme elles circulaient continuellement d'un bout à l'autre de la maison, je risquais fort d'être dérangé dans mon investigation indiscrète; je comptais sur l'enfant pour autoriser ma présence; si peu naturel qu'il pût paraître que je pénétrasse à sa suite dans la chambre de sa grand'mère ou de sa tante, grâce au prétexte du bouquet trouverais-je, en cas de surprise, une facile contenance.

Mais cueiller des fleurs à la Quartfourche n'étais pas aussi aisé que je le supposais. Gratien exerçait sur tout le jardin une surveillance farouche; non seulement il indiquait les fleurs qui supportaient d'être cueillies, mais encore était-il jalousement regardant sur la manière de les cueillir. Il y fallait sécateur ou serpette et, de plus, quelles précautions! C'est ce que Casimir m'expliquait. Gratien nous accompagna jusqu'au bord d'une corbeille de dahlias superbes où l'on pouvait prélever maints bouquets sans que seulement il y parût.

--Au-dessus de l'oeil. Monsieur Casimir; combien de fois faut-il qu'on vous le répète? coupez toujours au-dessus de l'oeil.

--En cette fin de saison, cela n'a plus aucune importance, m'écriai-je impatiemment.

Il répondit en grommelant que "ça a toujours de l'importance" et que "il n'y a pas de saison pour mal faire". J'ai horreur des bougons sentencieux...

L'enfant me précéda, portant la gerbe. En passant dans le vestibule je m'étais emparé d'un vase...