— Eh bien; l'assassin est coffré, dit-il aussitôt en lui tendant la main.

Mais Lafcadio ne la prit pas. Il restait dans l'embrasure de la porte.

— Quel assassin? demanda-t-il.

— L'assassin de mon beau-frère, parbleu.

— L'assassin de votre beau-frère, c'est moi.

Il dit cela sans trembler, sans changer de ton, sans baisser la voix, sans un geste, et d'une voix si naturelle que Julius d'abord ne comprit pas. Lafcadio dut se répéter:

— On n'a pas arrêté, vous dis-je, l'assassin de Monsieur votre beau-frère, pour cette raison que l'assassin de Monsieur votre beau-frère, c'est moi.

Lafcadio aurait été d'aspect farouche, que peut-être Julius aurait pris peur; mais son air était enfantin. Même il paraissait plus jeune encore que la première fois que l'avait rencontré Julius; son regard était aussi limpide, sa voix aussi claire. Il avait refermé la porte, mais restait accoté contre elle. Julius, près de la table, s'affala dans un fauteuil.

— Mon pauvre enfant, dit-il d'abord, parlez plus bas!... Qu'est-ce qui vous a pris? Comment auriez vous fait cela?

Lafcadio baissa la tête, déjà regrettant d'avoir parlé.