— C'est bien; c'est bien, fit Julius, avec un geste cordial et distant. — Adieu, mon garçon. Je n'ose vous dire: au revoir. Pourtant, si, dans la suite, vous...
— Pour le moment, vous ne voyez plus rien à me dire?
— Plus rien pour le moment.
— Adieu, Monsieur.
Lafcadio salua gravement et sortit.
Il regagna sa chambre, à l'étage au-dessus. Il se dévêtit à demi, se jeta sur son lit. La fin du jour avait été très chaude; la nuit n'avait pas apporté de fraîcheur. Sa fenêtre était large ouverte, mais aucun souffle n'agitait l'air; les lointains globes électriques de la place des Thermes, dont le séparaient les jardins, emplissaient sa chambre d'une bleuâtre et diffuse clarté qu'on eût cru venir de la lune. Il voulait réfléchir, mais une torpeur étrange engourdissait désespérément sa pensée; il ne songeait ni à son crime, ni aux moyens de s'échapper; il essayait seulement de ne plus entendre ces mots atroces de Julius: "Je commençais de vous aimer"... Si lui n'aimait pas Julius, ces mots méritaient-ils ses larmes? était-ce vraiment pour cela qu'il pleurait?... La nuit était si douce, il lui semblait qu'il n'aurait eu qu'à se laisser aller pour mourir. Il atteignit une carafe d'eau près de son lit, trempa un mouchoir et l'appliqua sur son coeur qui lui faisait mal.
— Nulle boisson de ce monde ne rafraîchira plus désormais ce coeur sec; se disait-il, laissant couler ses larmes jusqu'à ses lèvres pour en savourer l'amertume. Des vers chantent à son oreille lus il ne savait où, dont il ne savait pas se souvenir:
_My heart aches; a drowsy numbness pains
My senses..._
Il s'assoupit.
Rêve-t-il? N'a-t-il pas entendu frapper à sa porte? La porte, que jamais il ne ferme la nuit, doucement s'ouvre, pour laisser une frêle forme blanche avancer. Il entend appeler faiblement: