— Ah! pourquoi vous-ai je rencontrée si tard? gémit-il. Qu'ai-je fait pour que vous m'aimiez? Pourquoi me parlez-vous ainsi, quand déjà je ne suis plus libre et plus digne de vous aimer.

Elle protesta tristement:

— C'est vers vous que je viens, Lafcadio, non vers un autre. C'est vers vous criminel. Lafcadio! que de fois j'ai soupiré votre nom, depuis ce premier jour où vous m'êtes apparu en héros, et même un peu trop téméraire... Il faut que vous le sachiez maintenant: en secret je m'étais promise à vous dès l'instant où je vous ai vu vous dévouer d'une manière si magnanime. Que s'est-il donc passé depuis? Se peut-il que vous ayez tué? Que vous êtes-vous laissé devenir?

Et comme Lafcadio sans répondre secouait la tête:

— N'ai-je pas entendu mon père dire qu'un autre était arrêté? reprit-elle; un bandit qui venait de tuer... Lafcadio! tandis qu'il en est temps encore, sauvez-vous; dès cette nuit, partez! Partez.

Alors Lafcadio:

— Je ne peux plus, murmura-t-il. Et comme les cheveux défaits de Geneviève touchaient ses mains, il les saisit, les pressa passionnément sur ses yeux, sur ses lèvres: — Fuir; est-ce là ce que vous me conseillez? Mais où voulez-vous maintenant que je fuie? Quand bien même j'échapperais à la police, je n'échapperais pas à moi-même... Et puis vous me mépriseriez d'échapper.

— Moi! vous mépriser, mon ami...

— Je vivais inconscient; j'ai tué comme dans un rêve; un cauchemar où, depuis, je me débats...

— Dont je veux vous arracher, cria-t-elle.