Il y eut un assez long silence où Marguerite plongea, perdant de vue toute littérature; et déjà Julius prenait son parti d'être seul; mais elle fit, par amour pour lui, un grand effort, et revenant à la surface:

— J'espère que tu ne vas pas te faire du mauvais sang.

— Je prends la chose très froidement, tu le vois bien, reprit aussitôt Julius. Mais ce n'est tout de même pas à mon père, je trouve, qu'il convient de s'exprimer ainsi; à mon père moins qu'à autre; et précisément à propos de ce livre qui n'est, à proprement parler, qu'un monument en son honneur.

N'était-ce pas, précisément, en effet, la carrière si représentative du vieux diplomate que Julius avait retracée dans ce livre? En regard des turbulences romantiques, n'y avait-il pas magnifié la digne, calme, classique, à la fois politique et familiale existence de Juste-Agénor?

— Tu n'as heureusement pas écrit ce livre pour qu'il t'en sache gré.

— Il me fait entendre que j'ai écrit l'Air des Cimes pour entrer à l'Académie.

— Et quand cela serait! Et quand tu entrerais à l'Académie pour avoir écrit un beau livre! puis sur un ton de pitié:
— Enfin! espérons que les journaux et les revues sauront l'instruire.

Julius éclata:

— Les journaux! parlons-en!... les revues! et furieusement, vers Marguerite, comme s'il y avait de sa faute à elle, avec un rire amer: — On m'éreinte de toutes parts.

Du coup. Marguerite se réveilla complètement.