On ne peut encore distinguer les paroles. Écoute : il se rapproche cependant.

NÉOPTOLÈME

Il cesse de chanter. Il s’arrête. Il a vu nos pas sur la neige.

ULYSSE (riant.)

Et voilà qu’il recommence à crier. Ah ! Philoctète !

NÉOPTOLÈME

En effet, ses cris sont horribles.

ULYSSE

Va ; cours porter sur ce roc mon épée ; qu’il reconnaisse une arme grecque et sache que les pas qu’il voyait sont ceux d’un homme de sa patrie. — Hâte-toi. Le voilà qui s’approche. — C’est bien. — Viens à présent ; postons-nous derrière ce tertre de neige ; nous le verrons sans être vus. Quelles imprécations va-t-il faire ! « Malheureux, dira-t-il, et périssent les Grecs qui m’ont abandonné ! Chefs de l’armée ! toi, fourbe Ulysse ! vous, Agamemnon, Ménélas ! Puissent-ils à leur tour être dévorés par mon mal ! O ! mort ! mort que j’appelle chaque jour, resteras-tu sourde à ma plainte ? ne pourras-tu jamais venir ? O antre ! rochers ! promontoires ! muets témoins de mes douleurs, ne pourrez-vous jamais… »

(Philoctète entre ; il aperçoit le casque et les armes posés au milieu du théâtre.)