ULYSSE (entrant et voyant Philoctète.)

Et maintenant, laisse-moi seul avec lui.

(Néoptolème en proie à la plus vive émotion hésite à se retirer.)

Eh oui ! va n’importe où ; cours apprêter la barque, si tu veux.

(Néoptolème sort.)

ULYSSE, seul (s’approche de Philoctète et se penche.)

Philoctète !… Tu ne m’entends donc plus, Philoctète ? — Tu ne m’entendras plus ? — Que faire ? J’aurais voulu te dire… que tu m’as vaincu, Philoctète. Et je vois la vertu, maintenant ; et je la sens si belle, que près de toi je n’ose plus agir. Mon devoir m’apparaît plus cruel que le tien, parce qu’il m’apparaît moins auguste. Ton arc… je ne peux plus, je ne veux plus le prendre : tu l’as donné. — Néoptolème est un enfant : qu’il obéisse. Ah ! le voilà ! (Impératif.) Et maintenant Néoptolème, prends l’arc et les flèches, et va les porter à la barque.

(Néoptolème désolé s’approche de Philoctète, se penche, puis se jette à genoux et baise Philoctète au front.)

ULYSSE

Je te l’ordonne. M’avoir trahi ne serait pas assez ? Veux-tu trahir aussi ta patrie ? Vois comme il s’y est dévoué.