La seconde affaire de cette seconde journée amène sur le banc des accusés un garçon de vingt ans à l’air doux, un peu morose et sans malice. Marceau a perdu sa mère à l’âge de quatre ans, n’a pas connu son père, a été élevé à l’hospice. Dès avant seize ans il avait fait deux places de mécanicien ; poursuivi pour vol, le tribunal d’Yvetot l’avait condamné à six mois de prison avec bénéfice de la loi Béranger.

A la suite de cette condamnation le mécanicien qui l’employait le renvoie : depuis, il travaille encore, mais au hasard et changeant souvent de patron, tour à tour valet de ferme, débardeur, mécanicien. Ceux qui l’emploient n’ont pas à se plaindre de lui ; simplement on lui trouve « le caractère un peu sombre ». Enhardi par ma question de la veille, je me hasarde à demander au Président ce que le témoin entend par là.

Le témoin. — Je veux dire qu’il se tenait à l’écart et n’allait jamais boire ou s’amuser avec les autres.

A cette époque de sa vie Marceau se trouve devoir :

45 francs à un marchand de bicyclettes,

70 francs au blanchisseur,

7 francs au cordonnier.

Avec le peu qu’il gagne, comment pourrait-il s’en tirer, sans voler ?


Son premier vol avait déjà été commis « avec préméditation » ; le dimanche précédent, apprend-on, il avait acheté une bougie, puis, la veille du vol, emprunté à son patron un tournevis, qui lui servit à ouvrir le tiroir où se trouvaient les 35 francs qu’il avait pris.