Le crime qui nous occupe aujourd’hui demandait une préparation plus savante. Ou du moins, une première tentative, qui échoua, servit en quelque sorte de répétition générale.

La nuit du 26 mars, Marceau pénétrait donc une première fois dans la petite maison isolée qu’occupaient à *** la vieille Madame Prune, restauratrice, et sa bonne. Il brisait, au rez-de-chaussée, un carreau de la salle à manger, ouvrait la fenêtre et entrait dans la pièce. Il espérait, a-t-il avoué, trouver de l’argent dans un tiroir de la cuisine ; mais la porte de la cuisine était fermée à clef ; après quelques vains efforts pour l’ouvrir, il repartait en se promettant de revenir mieux outillé, le lendemain.

Le 27 mars après-midi, doutant si le carreau brisé n’a pas jeté l’alarme, Marceau enfourchait sa bicyclette et retournait à ***, lorsqu’il avisa un morceau de fer-à-cheval sur la route ; il le ramassa, pensant qu’il pourrait s’en servir. J’oubliais de dire que, la veille, il s’était muni d’une bougie, qu’il avait été acheter à Grainville. Donc Marceau s’en fut rôder autour de la maison, s’assura que tout y était tranquille et, je ne sais trop comment, se persuada qu’on n’avait rien suspecté — ce qui était vrai.

L’interrogatoire de l’accusé suffit à reconstituer le crime. Marceau ne cherche pas à se défendre, pas même à s’excuser ; il accepte d’avoir fait ce qu’il a fait, comme s’il ne pouvait pas ne pas le faire. On dirait qu’il s’est résigné d’avance à devenir ce criminel.


Le voici donc, dans la nuit du 27, à pareille heure, qui se retrouve à ***. La fenêtre est restée ouverte, qu’il avait escaladée la veille, par où il rentre dans la salle à manger. Mais comme ce soir-là ses intentions sont sérieuses, il prend soin de refermer derrière lui les volets. Il tient à la main la lanterne de sa bicyclette ; c’est une lanterne sans pied, qu’il ne peut poser, qui le gêne et que tout à l’heure, dans la cuisine, il va changer contre un bougeoir. Avec son fer-à-cheval il a forcé la porte. Le voici qui fouille les tiroirs : Onze sous ! Ça ne vaut pas la peine qu’on s’arrête. Il les prendra tout à l’heure en repassant. Il monte au premier.

Madame Prune et sa bonne occupent au premier les deux chambres à droite ; dans les deux chambres de gauche, parfois on reçoit des voyageurs. Doucement Marceau s’assure que ces dernières chambres sont vides : il tient à la main un couteau à courte lame pointue, qu’il a trouvé dans un tiroir de la cuisine.

Le Président. — Pourquoi aviez-vous pris ce couteau ?

Marceau. — Pour en ficher un coup à la bonne.

Cependant la porte de celle-ci est fermée au verrou ; Marceau s’efforce de l’ouvrir ; mais entendant du bruit dans la chambre de la vieille, il court se cacher dans une des chambres inoccupées. Il souffle la bougie, et comme il se baisse pour poser le bougeoir à terre, le couteau, qu’il avait glissé dans sa veste, par chance, tombe ; et dans le noir, il ne peut plus le retrouver. Quand il ressort sur le couloir, c’est désarmé qu’il se rencontre avec la vieille ; heureusement pour elle, et pour lui.