Madame Prune vient déposer à son tour. C’est une digne et frêle petite vieille de quatre-vingt-un ans ; elle se tient à peine et demande une chaise, qu’on apporte et où elle s’assied, près de la barre.
— J’entends donc craquer chez moi. Je me dis : Mon Dieu ! qu’est-ce que c’est : j’entends craquer. C’est-y la grêle ? Je me lève. J’ouvre la fenêtre sur le jardin ; je ne vois rien. Je me recouche. Voilà les craquements qui reprennent. Je me relève encore. Plus rien. Je me recouche ; il était minuit à ma pendule. Voilà que je vois de la lumière qui passe sous ma porte : Oh ! que je me dis, c’est-il pas le feu ? J’appelle ma bonne ; elle ne vient pas. Tout de même, que je me dis, j’étais plus courageuse autrefois — et je suis sortie sur le couloir. Je vais à la porte de la bonne : Y a des voleurs chez moi, ma pauvre fille, ah ! mon Dieu ! Y a des voleurs chez moi ! Elle ne répondait rien ; sa porte était fermée.
C’est alors que Marceau, revenant sur le couloir, s’est jeté sur la vieille, qui ne fut pas difficile à tomber.
— Pourquoi avez-vous saisi Madame Prune à la gorge ?
— Pour l’étrangler.
Il dit cela sans forfanterie ni gêne, aussi naïvement que le Président avait posé la question.
Un rire bruyant s’élève dans l’auditoire.
L’avocat général. — La tenue du public est inexplicable et indécente.