Le Président. — Vous avez tout à fait raison. Songez, Messieurs, que l’affaire que nous jugeons ici est des plus graves et de nature à entraîner pour l’accusé la peine capitale s’il n’y a pas reconnaissance de circonstances atténuantes.

La bonne cependant appelait au secours, par la fenêtre. Un voisin répondit : « On arrive ! on arrive ! » En entendant venir, le gars prit peur et se sauva, laissant inachevé son crime.

La Cour condamne Marceau à huit ans de travaux forcés.


A plusieurs reprises j’ai remarqué chez Marceau un singulier malaise lorsqu’il sentait que la recomposition de son crime n’était pas parfaitement exacte — mais qu’il ne pouvait ni remettre les choses au point, ni profiter de l’inexactitude. C’est ce que cette affaire présenta pour moi de plus curieux.

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Ce même jour nous avons à juger un incendiaire.

Bernard est un journalier de quarante ans, à l’air gaillard, à la tête ronde : il est chauve, mais se rattrape sur les moustaches. Il porte une chemise molle, à rayures ; une cravate formant nœud droit cherche à cacher le col qui est très sale. Il tient à la main une casquette usée. Bernard n’a pas d’antécédents judiciaires. Les renseignements fournis sur son compte ne sont pas mauvais ; tout ce qu’on trouve à dire c’est que son caractère est « sournois ». On ne le voit jamais au cabaret ; mais certains prétendent qu’il « boit chez lui » ; néanmoins il jouit de ses facultés. Son père, garde-champêtre estimé, s’est, dit-on, « adonné à la boisson » ; il a deux frères, « alcooliques fieffés ».

On reproche à Bernard quatre incendies. Le feu est d’abord mis au pressoir de sa belle-sœur, veuve Bernard, le 30 décembre 1911.

Le Président. — Qui a mis le feu ?