Appelé à témoigner, le médecin assermenté nous parle de l’étrange soulagement, de la détente que Bernard lui a dit avoir éprouvés après avoir bouté le feu.
Il lui a avoué, du reste, n’avoir plus éprouvé la même détente après les incendies suivants, « de sorte qu’il avait regretté ».
J’eusse été curieux de savoir si cette étrange satisfaction du boute-feu et cette détente n’avaient aucune relation avec la jouissance sexuelle ; mais malgré que je sois du jury, je n’ose poser la question, craignant qu’elle ne paraisse saugrenue.
III
Mercredi.
Encore un attentat à la pudeur ; commis sur la personne de sa fille par un journalier de Barentin, père de cinq enfants dont l’aîné a douze ans. On demande le huis clos.
Lorsque le public fut de nouveau admis dans la salle, une rumeur d’indignation accueillit la décision du jury et son désir de reconnaître des circonstances atténuantes.
Je fus assez surpris pour ma part (et déjà je l’avais été dans les précédentes affaires de cette nature) de voir la modération qu’apportaient ici la plupart des jurés. L’on fit valoir, dans la salle de délibération, que l’attentat avait été commis sans violences ; enfin et surtout le grand désir que manifestait inconsciemment la femme de l’accusé de se débarrasser de son mari, la passion qu’elle ne put s’empêcher d’apporter dans sa déposition, affaiblit grandement la portée de son témoignage ; l’accusé bénéficia également du peu de sympathie que nous pouvions accorder à la victime. Mais c’est ce que le public, par suite du huis clos, ne pouvait savoir. Même, à certains jurés la condamnation à cinq ans de prison parut excessive. Par contre, tous approuvèrent la déchéance de puissance paternelle.
L’accusé écouta sans sourciller la condamnation à cinq ans ; mais, en entendant sa déchéance, il poussa une sorte de grognement étrange, comme une protestation d’animal, un cri fait de révolte, de honte et de douleur.