Prosper parle d’une voix sourde, qu’on a quelque mal à entendre, et il semble avoir grande peine à s’exprimer. Au cours de son interrogatoire, sentant les mailles du filet, autour de lui, qui se resserrent, il dit que la fatalité s’acharne contre lui, parle de « coalition » ; il devient livide et de grosses gouttes de sueur commencent de rouler de son front.

Le gardien d’une des villas cambriolées, M. X., appelé à témoigner, fait une déposition très émouvante et très belle. Son sang-froid, son courage, semblent avoir été admirables ; admirable aussi la modestie de son attitude, de son récit, que les journaux ont reproduit. Inutile d’y revenir.


Je note ce curieux trait, au cours de l’interrogatoire : Immédiatement après le cambriolage à N., Bouboule s’en revenant vers D., à minuit, rencontre sur la route un ouvrier qu’il connaissait. Quel étrange besoin eut-il de l’arrêter, quand il était si simple de passer outre ; de lui demander une cigarette (a-t-il cru peut-être que cela paraîtrait à l’autre plus naturel) et, après quelques minutes de conversation, peut-être subitement pris de peur, de dire à l’autre :

— Surtout ne dis pas tu m’as rencontré cette nuit.


Les jurés furent d’accord pour répondre affirmativement à toutes les questions posées, et la Cour condamna Prosper aux travaux forcés à perpétuité.

V

Encore un attentat à la pudeur ; le quatrième. Cette fois la victime n’a pas six ans ; c’est la fille de l’accusé…

Pour ce cas comme pour les autres, je voudrais savoir quelle est la part de l’occasion ; le crime eût-il été commis si l’accusé avait eu le choix…? et faut-il y voir préférence, ou simplement facilité plus grande, trompeuse promesse d’impunité ?