— Ce garçon avait seulement besoin d’être dirigé, me dit enfin son patron cordonnier, qui me parle de lui en termes émus et ne demande qu’à le reprendre à son service…
Quelque temps après j’obtins satisfaction de ma requête : La peine de Cordier est réduite à trois ans de prison.
Mais hélas ! après la prison ce sera le bataillon d’Afrique. Et au sortir de ces six ans, qui sera-t-il… que sera-t-il ?…
IX
On a gardé pour la fin l’affaire la plus « conséquente ». Celle qui nous occupe ce dernier jour menace d’être si longue qu’on nous convoque dès 9 heures du matin. La séance durera jusqu’à plus de 10 heures du soir, coupée à deux reprises aux heures des repas. Il s’agit des vols commis à la gare de dépôt de Sotteville sur les marchandises confiées à la Compagnie de l’État.
Depuis le nouveau régime de cette compagnie, les réclamations surabondent et l’on se plaint de toutes parts de vols sans nombre, certains extrêmement importants.
Un grand soupir de soulagement se fit entendre dans la presse et dans le public lorsqu’on apprit qu’une nombreuse bande de voleurs et de recéleurs avait été pincée. On ne nous en offre pas moins de seize à juger ; le bruit court dès le début de la séance que nous aurons à répondre à plus de 100 questions.
La lecture de l’acte d’accusation ne va pas sans nous causer quelque étonnement. On s’attendait à plus, à mieux ; devant l’importance de certains détournements, que les jurés se rappelaient l’un à l’autre avant l’ouverture de la séance, les chaparderies reprochées aux prévenus nous paraissent des peccadilles, et l’étonnement cède vite à l’ennui, à la fatigue, et même, pour quelques-uns des jurés, à l’agacement, à l’exaspération, au cours de l’interrogatoire.
Une interminable discussion s’engage pour savoir si trois bouteilles et demi de Cointreau ont été volées par la femme X., ou achetées par elle, ainsi qu’elle le soutient, à la femme B. qui, elle, soutient que la femme X. ne lui a jamais acheté de liqueurs. La femme X. porte un petit poupon dans ses bras qui pleure et voudrait déposer lui aussi.
X., époux de la prévenue, reconnaît s’être approprié « un restant de bouteille de kirsch » ; mais il n’a jamais donné cette paire de chaussettes à Y. ; au contraire, il les a reçues de ce dernier. Quant au service à découper, c’est Z. qui, etc…