— Ça m’étonne tout de même que le prêtre ait raconté la confession, dit l’autre dame ; ils n’ont pas le droit. Le secret de la confession, c’est sacré.

— Mais, Madame, ils étaient plusieurs qui ont entendu cette confession ; quand il s’est vu mourir, qu’est-ce qu’il risquait ? Il a demandé au contraire qu’on le répète. Il y a sept ans de cela. Vingt-sept ans après le crime. Vingt-sept ans ! pensez. Et personne ne s’en doutait ; il avait continué à vivre, considéré dans le pays.

— Quel crime avait-il donc commis, demande le Monsieur du coin.

— Il avait assassiné une femme.

Moi. — Il me semble, Monsieur, que cet exemple contredit un peu ce que vous avanciez tout à l’heure.

Le gros Monsieur devient tout rouge :

— Alors vous ne croyez pas ce que je vous raconte ?!

— Mais si ! mais si ! vous ne me comprenez pas. Je dis simplement que cet exemple prouve que quelquefois un homme peut commettre un crime isolé et ne pas s’enfoncer ensuite dans de nouveaux crimes. Voyez celui-ci : après ce crime il a mené, dites-vous, vingt-sept ans de vie honnête. Si vous l’aviez condamné, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez amené à récidiver.

— Mais, Monsieur, la loi Béranger précisément… commence l’autre dame. Celle en deuil l’interrompt :

— Alors vous n’appelez pas ça un crime, de laisser vingt-sept ans un innocent faire de la prison à sa place ?