Le second Monsieur hausse les épaules et se renfonce dans son coin. La citrouille s’endort.

A Montpellier, le petit gars descend ; et sitôt qu’il est parti, la Dame en deuil, qui cependant a achevé son repas et remet dans son panier le reste du saucisson et du pain :

— A voyager comme ça depuis le matin, il doit avoir faim, cet enfant !

APPENDICE

Réponse à une enquête

(Opinion du 25 octobre 1913)

« Les Jurés jugés par eux-mêmes. »

Sans doute ces questions sont « dans l’air ». J’ai passé les dernières semaines de cet été à mettre au net mes souvenirs de Cour d’Assises, qui commenceront prochainement à paraître en revue, puis en volume.

J’ai cru que le simple récit des affaires que nous avions été appelés à juger serait plus éloquent que des critiques. L’enquête de l’Opinion, pourtant, m’engage à tâcher de formuler celles-ci.

Que parfois grincent certains rouages de la machine-à-rendre-la-justice, c’est ce qu’on ne saurait nier. Mais on semble croire aujourd’hui que les seuls grincements viennent du côté du jury. Du moins on ne parle aujourd’hui que de ceci ; j’ai dû pourtant me persuader, à plus d’une reprise — et non pas seulement à cette session où je siégeais comme juré — que la machine grince souvent aussi du côté des interrogatoires. Le juge interrogateur arrive avec une opinion déjà formée sur l’affaire dont le juré ne connaît encore rien. La manière dont le président pose les questions, dont il aide et favorise tel témoignage, fût-ce inconsciemment, dont au contraire il gêne et bouscule tel autre, a vite fait d’apprendre aux jurés quelle est son opinion personnelle. Combien il est difficile aux jurés (je parle des jurés de province) de ne pas tenir compte de l’opinion du président, soit (si le président leur est « sympathique ») pour y conformer la leur, soit pour en prendre tout à coup le contre-pied — c’est ce qui m’est nettement apparu dans plus d’un cas, et ce que, dans mes souvenirs, j’ai exposé sans commentaires.