Les journées de Mai arrivèrent avec la fin de nos travaux. Je me rappelle mon dernier jour de présence.
Les gardiens, massés en un coin de la galerie principale, se croisaient les bras. Je les priai de continuer leur besogne qui était d'accrocher des tableaux.
—Eh! monsieur, s'écria l'un, on se bat à cinq cents pas d'ici!
—Eh bien! accrochons pour les vainqueurs.
M. de Tournemine, qui survenait, fut de mon avis: on se remit à l'ouvrage. C'était le mardi ou le mercredi...
Vers quatre heures, le bruit de bataille du dehors approchant, vers quatre heures,—ici je ne puis m'empêcher de sourire,—il me vint une vague idée que, peut-être, j'avais tournure de héros: Impavidum!
Il faut que je l'avoue: un diable est en moi qui me pousse à cambrer la taille dans les situations tendues. Nombre de timides, à ma façon, que je connais, ont au corps un diable pareil, et mourant d'effroi de paraître gauches, développent, aux instants délicats, les attitudes monumentales et harmonieuses des marbres grecs. Ils en tirent le juste bénéfice; toute la vie, on les appelle: poseurs.
Je fis donc trois pas vers le groupe des gardiens, et, tirant de ma poche une pièce de cinq francs, des deux qui composaient mon avoir,—voyez l'opulence!—je la leur offris en disant:
—Citoyens, nous ne nous reverrons plus sans doute; acceptez ceci pour boire à la santé de la République.
C'était ridicule probablement. Il n'en parut pas ainsi. Et M. de Tournemine, me serrant très cordialement la main, m'affirma «qu'il garderait, quoiqu'il arrivât, le souvenir d'avoir vécu quelque temps en compagnie d'un parfait gentilhomme.»—Je cite le texte.