Et je partis: je ne l'ai point revu. Un fantaisiste quelconque a, depuis, voulu faire entendre qu'avant de mourir, M. de Tournemine se serait plaint de tourments endurés pendant la Commune. Cela n'est pas vrai; M. de Tournemine n'a pas menti.
Je reviens à mon vœu. On m'a demandé mes notes personnelles; je les donne bénévolement, sans m'inquiéter fort de l'intérêt qu'elles peuvent avoir; mais ce qui est, à coup sûr, intéressant, c'est la conservation du musée du Luxembourg et son maintien à la place qu'il occupe, dans le quartier des Écoles de l'Avenir.
On a proposé de le transporter sur l'autre rive; jamais! Il me paraît aussi nécessaire au début, au développement des esprits, que les Écoles de droit ou de médecine, étant lui-même un foyer d'étude et d'espérance, une oasis pour le rêve aux jours de lutte ou de sombre hiver. Et si les «jeunes» manquent à cette heure de générosité, de sève, d'élan: s'ils s'attardent aux brasseries, s'épuisent en des plaisirs énervants, n'en pourrait-on attribuer quelque peu la cause à cette dévastation progressive du champ de leur éducation?
Pour ne parler que du Luxembourg, n'est-ce pas assez que la guerre en ait fait à peu près chauve le jardin? N'est-ce pas trop que l'Empire, en sa fièvre de spéculation, en ait détruit sa poésie, la Pépinière, ce coin de paradis des rêveurs, aux méandres parfumés, aux parterres encombrés du fouillis des roses, où le printemps, chaque année, ramenait les fronts studieux à l'ombre des lilas nouveaux? Héritage embaumé et charmant, sacré par l'étude et l'amour des aînés, qu'es-tu devenu?
La génération nouvelle n'est-elle pas assez dépossédée? Faut-il qu'on lui enlève encore l'échantillon d'art, le coin de récréation qui lui reste?
Holà! Jeunesse, on te dépouille. Défends ton Musée.
JULES VALLÈS
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