C'est bien là ma mine bourrue,
Qui, dans un salon ferait peur,
Mais qui, peut-être, dans la rue,
Plairait à la foule en fureur.
Je suis l'ami du pauvre hère
Qui, dans l'ombre, a faim, froid, sommeil,
Comment, artiste, as-tu pu faire
Mon portrait avec du soleil?
Jules Vallès, au bas de sa photographie.
n voilà un que j'aime de tout mon cœur, et que je vais désoler en disant le bien que je pense de lui.
La vérité avant tout: Vallès a le caractère le plus jeune, le plus gai, le plus émerveillé que je connaisse. Ajoutez à cela une santé inébranlable. Il se battrait, peut-être encore, avec acharnement, pour le sourire en coulisse d'une danseuse de corde; et, pour ma part, je l'en félicite. Mais lui, n'aime pas qu'on le sache.
Avec sa chevelure hérissée et rebelle, sa barbe bourrue et retroussée,—barbe et cheveux blancs aujourd'hui, luisants et noirs, jadis, comme charbon de terre,—avec ses yeux hardis, ronds sous les rudes sourcils, son nez coupé court, retroussé, aux narines de dogue ou de Socrate, les trente-deux dents étincelantes rangées sous le pli dédaigneux et amer de sa lèvre, avec tout son masque heurté, aux plans durs, qui semble avoir été martelé par quelque tailleur de fer, en son pays d'Auvergne; avec, surtout, sa voix de cuivre, amoureuse de tempête, et le roulis farouche de son allure, il s'est fait, autrefois, une renommée de casse-cou, d'exalté violent, dur à cuir.
C'est son premier succès, son succès de jeunesse; il y tient.
Et, soigneusement toujours, il a défendu, de la retouche et de l'altération, cette extravagante contrefaçon de sa propre physionomie, où, depuis vingt ans, le public le voit grinçant de la mâchoire, et rageusement campé devant la société.
Moi-même, pour complaire à sa manie bien plus qu'à mon sentiment, ne l'ai-je pas caricaturé en chien crotté, lugubre, traînant, à la queue, une casserole bossuée et retentissante?
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—J'ai un cou d'athlète, un cou d'Auvergnat, répétait-il souvent; les gens qui ont, comme moi, un cou de taureau...