On rencontrait là des compagnons dont les noms, accouplés, jurent à cette heure:

Maroteau et Magnard, Francis Enne, Albert Brun, Puissant, Pipe-en-bois, Bellanger et d'autres.

Dans les après-midi de repos, rares d'ailleurs, on partait en expédition pour quelque campagne extra muros, à Belleville ou Charenton, le plus souvent aux mornes plaines chauves de la Glacière, le long du cours sinueux et savonneux de la Bièvre. Je vois encore mon ami, son geste découpé sur le ciel; j'entends sa voix, la brise qui, au-dessus de nos têtes, faisait fâcher les feuilles, le petit bruit doux et triste de la rivière.

On allait ainsi jusqu'à l'humble auberge où sont la table verte au plein air, le vin bleu.—Avancez les lamentables!—On invitait un pauvre.

Puis la Rue offusqua l'Empire; elle fut étranglée. Et, vers le même temps, Vallès alla percher plus bas dans Paris, rue de Tournon, un étage au-dessous de cet aventureux et charmant illuminé, le capitaine Lambert, qui, certainement, aurait franchi le pôle, comme il l'avait promis, si la destinée, brusquement, ne l'eût couché, criblé de balles, dans une capote de simple soldat, devant les murs tragiques de Buzenval.

Mes relations avec Vallès devinrent plus rares; je le rencontrai moins souvent. Il était tout entier repris par ses préoccupations politiques, lesquelles m'ont toujours navré.

Il me convient, toutefois, de rappeler ici le grotesque soupçon qu'on a voulu faire peser sur sa vie, à ce moment. Le mot de police a été prononcé: agent provocateur, a-t-on dit, je crois. Pour qui connaît, de Vallès, la hautaine inflexibilité du caractère, c'était une accusation absurde, à ce point que je n'en ai jamais voulu connaître la teneur précise.

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A présent, je le perds de vue presque complètement jusqu'au siège, où je le retrouve commandant un bataillon de Ménilmontant, qu'il menait jouer au bouchon, comme les autres, sur le glacis. J'allai voir ses galons et son sabre.