Il marchait dans les rangs, un rouleau de papier sous le bras, derrière la manifestation, en cortège, des francs-maçons, chamarrés de symboles, qui s'en allaient parlementer, du côté de Versailles.
—Et vous? lui dis-je en m'approchant, vous n'avez donc pas une écharpe rouge?
—Ne m'en parlez pas; je n'ose la mettre, elle me donne l'air d'un singe.—Elle est là.
—Sous votre bras? dans ce papier?
—Oui; comme un homard!
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Vallès est, depuis neuf ans, sur la terre d'exil. Sa tête est blanche. Toujours vigoureux et vert, son robuste talent inscrit, parfois, dans nos journaux, sa marque léonine. Faut-il révéler le secret de Polichinelle, dire que c'est lui-même qui signe Jacques Vingtras?
Il vit de plus en plus seul, regardant les autres, tour à tour, reprendre le chemin de la Patrie. A Londres, le plus souvent; par échappées, à Bruxelles, qui lui rappelle mieux Paris, il reçoit la visite d'une amie qui, aux jours d'effroyable danger, l'a suivi partout, l'exhortant, le conjurant de vivre, voulant le sauvegarder;—mais je m'arrête, craignant d'effleurer la délicatesse d'une modestie héroïque, de manquer, par la moindre indiscrétion, au profond respect que j'éprouve devant cette noble figure du dévouement.
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Quant aux capacités politiques de Vallès, je les ignore. Elle ne sauraient prévaloir, à mes yeux, sur sa gloire littéraire. Je le voudrais ici, tout simplement, faisant ce qu'il peut faire, étant ce qu'il doit être, ce que Philarète Chasles, rouvrant son cours, après les journées de Mai, n'a pas craint de proclamer en pleine chaire de littérature: «Un des maîtres de la langue française!»