FEU LE BŒUF-GRAS

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ue vont devenir les ambitieux, à cette heure où il n'y a plus de bœuf-gras? Car Monselet l'a dit:

Et l'on n'a pas été grand'chose
Quand on n'a pas été bœuf-gras.

Il est vrai que par la cherté des vivres qui se payent, et la froidure des temps qui courent, une des sept vaches maigres du Pharaon symboliserait mieux la situation. C'est égal: on peut regretter le bœuf-gras. Il était un prétexte à la joie, une tradition gauloise, un divertissement de «haulte graisse», éclatant et sonore, chassant l'ennui devant ses paillons et ses fanfares, un exutoire à la glaudissante furie populaire; et, n'en déplaise aux Spartiates modernes, je crois que la santé des peuples, comme celle des hommes, ne va guère sans rire.

Au reste, ce que j'en dis n'est pas pour exprimer un souci personnel. Le bœuf-gras légendaire m'a comblé pour ma part. J'en ai eu tout mon compte; mieux encore: je l'ai été.

Adsum! Ami des bœufs-gras, bœuf-gras moi-même. Je le fus en 1866 ou 67; consultez les archives du Carnaval. Je n'en conclurai point, selon le mot du plus aimable des lettrés, que cette prérogative ait le moins du monde «agrandi ma chose». On le verra tout à l'heure!