Après un bel inventaire de fin d'année, je ne sais rien de meilleur dans la vie.
A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS
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eudi prochain, 25 mars, tous les jeunes Français, illusionnés d'art, pourront se présenter au concours des prix de Rome, et tenter la première épreuve de peinture. Ils seront un peu moins d'une soixantaine—je connais cela—réunis, aux premières lueurs de l'aube, dans la troisième cour, à gauche, de l'École des Beaux-Arts, armés d'une boîte à couleurs, d'un chevalet portatif, d'une toile «de 6», et munis d'un petit pain d'un sou.
Il y a vingt ans, à pareille époque, j'étais de la fête; je voudrais pouvoir en être encore. Je n'avais point fermé l'œil de la nuit précédente; si l'on m'avait proposé de renoncer au concours, pour être, tout simplement, sur l'heure, Vélasquez ou Titien, j'aurais eu un beau rire de dédain et de refus. La plupart des concurrents, jeudi, seront tout pareils à ce que j'étais.
Tout pareillement aussi, un gardien les appellera nominativement, tour à tour, selon l'ordre des inscriptions prises dans le courant de la semaine; il fera le simulacre de les fouiller, pour constater qu'ils n'ont apporté aucun document, croquis ou calque de maître. Un à un, ils graviront le petit escalier raide qui mène au lieu du concours, déboucheront dans un long couloir, orné, en son milieu, de poêles en fonte espacés, percé, à droite et à gauche, d'étroites logettes.
Chacun choisira la sienne; puis tous attendront, par groupes de camarades, l'arrivée du programme que sont en train d'élaborer les professeurs. Pour tuer le temps, on se regarde, on se rapproche, quand on se connaît; on fait, aux inconnus, des scies. Blaguer le nouveau, c'est la tradition. Je me rappelle avoir été scié par Lambron, le beau Lambron, le peintre des croque-morts. J'avais dix-sept ans, les yeux bleus, les cheveux longs. Il m'accabla d'une série de plaisanteries qui me confusionnèrent beaucoup, tout en me paraissant d'un goût douteux.