Puis, tout à coup, il se souvint que c'était mardi, qu'il avait à faire, comme chaque mardi, son dessin de la Lune; il s'élança vers son domicile.

Maintenant que je crois être reconnu, je reprends mon pronom personnel:

J'habitais alors la rue d'Assas, dans une maison en briques, un étage au-dessous du logement de Vallès, qui serait bien l'homme le plus tendre, le plus spirituel, le plus charmant et éloquent du monde, n'était la manie, qui le tient, de ne se croire à l'aise que dans la fumée des batailles ou la gueulée des faubourgs. On allait de l'un chez l'autre; on avait de grands rires, des espoirs fous; le soir, à la fenêtre, au ciel pâlissant, on regardait devant soi, à l'angle de la maison Lahure, un grand mur de lierre où venaient se coucher les oiseaux. C'était le bon temps...—Passons.

J'arrivai, avec mon melon, pour le moment du déjeuner. Nous nous trouvâmes trois,—peut-être quatre: la chanson des Fraises, zell' Thérèse, avait déconsidéré le nombre trois. La table était dressée; mon acquisition eut les honneurs de la séance; et comme, entre soi, quand les nerfs sont détendus on est aise quelquefois de se laisser aller à la simplicité de l'esprit, comme les grosses plaisanteries sont, alors, les plus goûtées, tout le chapelet des niaiseries qui se peuvent dire, à propos d'un melon, fut égrené.

En fin de compte, on tomba d'accord qu'il fallait publier son portrait.

Le portrait du melon? Oui.—Dans le journal? Parfaitement. Puisque la censure interdisait tout, puisqu'on ne pouvait plus rien risquer d'expressif, il fallait dessiner le melon. Cela ne voudrait rien dire.

—Qu'importe!

Et je le fis.

Les collectionneurs le retrouveront au nº 29 bis de la 1re année de l'Éclipse.

La Lune était l'Éclipse alors, ayant été, quelques mois auparavant, contrainte à s'éclipser par la jurisprudence de l'Empire.