Partout, sur les meubles détraqués, sur le vieux divan, sur le carreau, des montagnes, des écroulements de livres et de brochures qu'il empilait sans cesse. La demeure en était encombrée; ce que Vermesch a lu de l'écriture des autres est incalculable. Il ne se plaisait qu'en ce fouillis d'imprimés ou aux discussions esthétiques. J'insiste sur sa fidélité au logis, parce qu'elle indique, à mon sens, un besoin de recueillement et d'intimité propre aux natures tendres et inoffensives.

C'est donc là, dans cet amas de bouquins amis, que Vermesch, les yeux humides, le nez au ciel, incessamment en proie au vœu littéraire, improvisait, déclamait, remâchait des vers et des morceaux de prose, inspirés toujours par l'admiration des maîtres qu'il ne cessait de lire.

Entre temps, il flânait à gauche ou à droite, sous l'Odéon ou sur les quais, bouquinant, poussant des reconnaissances dans les bureaux de rédaction du Hanneton ou d'autres feuilles de cette valeur, et y laissant gratis le «fruit de sa veine».

Pas d'autre souci. La médecine, qui lui avait servi de prétexte à gagner Paris, était depuis longtemps délaissée. Sa mère, veuve, lui servait une petite pension. Ses goûts étaient sobres. Je crois qu'il était heureux. Sa mère mourut.

Du mince héritage qui lui revint,—une quinzaine de mille francs,—il confia la presque totalité à son ami Victor Azam qui depuis... mais qu'importe?—à son éditeur et ami Victor Azam qui, lancé à la Bourse, devait amplement et rapidement faire fructifier le magot. On ignora toujours le détail des opérations triomphantes qui s'ensuivirent; ce qui est certain, c'est que Victor Azam ne rendit à son ami et collaborateur que les coquilles... des typographes de son imprimerie.

Alors ce fut la misère.

Je l'ai revu en ce temps, couvert d'un paletot de poils qui devint légendaire, coiffé d'un feutre avachi, courant les librairies, les bibliothèques, les journaux, sans plainte, mais amaigri, inquiet, affamé. C'était fini de rire à la Muse. Il fallait tirer le pain quotidien de ce qui n'avait été jusqu'alors qu'amusements et dilettantisme. Un reste de la vanité qu'avaient fait éclore les faciles applaudissements des camarades lui raidissait l'échine, le rendait peu sympathique aux marchands de copie.

Cependant il trouva quelques maigres débouchés, mit en œuvre ses procédés d'assimilation, travaillant beaucoup, mais obsédé toujours de la manie d'imitation qui avait daté ses débuts, ne trouvant rien de bien neuf, de saisissant, et, avec beaucoup d'érudition et conscience, perdant son encre.

Il ne faudrait point cependant dénier à Vermesch tout mérite littéraire. Ses Hommes du jour et ses Binettes rimées, deux volumes inspirés de Banville et Monselet (toujours le pastiche), montrent des qualités d'ironie et de finesse qui, en une autre époque, eussent suffi à la fortune d'un débutant.

J'ai rompu des lances et en romprai encore contre quiconque pour la défense des huitains, ballades et stances qui composent le Testament du sieur Vermesch. Malheureusement, l'idée du Testament est à Villon, et sa forme, à tout le monde un peu; c'est égal! je ne sais rien de plus tendre et de plus accompli que les strophes à Rachel, qui commencent ainsi: