Voilà la différence.
Cumberland les craint tous deux
Et cherche à s’éloigner d’eux:
Voilà la ressemblance.
De l’un il fuit la valeur,
Et de l’autre il fuit l’odeur,
Voilà la différence[213].
Une diversion était nécessaire. Richelieu, qu’on allait maintenant jusqu’à accuser de corruption, jugea opportun de frapper un grand coup en venant prendre le commandement de la Guyenne. Que des instructions secrètes fussent adressées aux jurats pour rehausser le faste de cette cérémonie, la chose n’est pas douteuse. Ceux-ci, d’ailleurs, ne se firent pas tirer l’oreille. Appelés, en vertu de privilèges anciens, à se partager les reliefs de ce genre de fêtes—velours, satins, étoffes d’or et d’argent—rien ne leur semblait trop cher... Il leur en coûte si peu! proclame un poète du temps[214]. Madame de Pompadour, alors en guerre ouverte avec «le grand tripotier», en conçut une vive irritation. Sollicités par elle, les ministres ordonnèrent plus de mesure dans les dépenses, assurant que les superfluités luxueuses n’ajoutaient rien à la dignité de celui qu’elles avaient pour but d’honorer[215].
On se demande jusqu’où—à défaut de recommandations—ces dépenses seraient montées. Seule, la note du tapissier s’éleva, en velours de Gênes, moquette cramoisie, taffetas, galons, franges, graine d’épinards, écussons en or riche:—à 16,718 livres trois sous dix deniers pour la maison navale;—à 7,876 livres deux sous huit deniers pour la tribune aux harangues;—à 2,042 livres un sou trois deniers pour le baldaquin;—à 4,867 livres cinq sous six deniers, pour le dais... Le reste à l’avenant: les contribuables avaient bon dos[216].
A dire vrai, ces prodigalités ne leur plaisaient guère. Un habitant de la rue Neuve, alors à Paris, ne craignait pas d’écrire qu’un vent de folie soufflait sur ses compatriotes,