Un carrosse à quatre chevaux conduisit l’illustre invitée à la façade de la Bourse où elle apparut, à tous les yeux, comme la déesse chantée par le poète...
Qu’on se la représente, en sa beauté juvénile, suivant un tableau célèbre conservé au musée du Louvre[235]. Teint délicat, fraîcheur exquise, regard voilé par une douce réserve, taille cambrée dans une pose pleine de charme et de naturel. Le costume, en dépit de sa simplicité, accuse une rare élégance: chapeau de paille à larges revers, robe gris pâle d’une nuance indéfinissable, ornée, au corsage et aux manches, de nœuds de velours héliotrope. Pour faire honneur à ses hôtes, elle s’est parée de quelques-uns de ses bijoux—ceux dont elle a reçu la garde le jour de son mariage: un bracelet garni d’hyacinthes de la plus belle couleur capucine; une aigrette avec pendeloques «d’un orient merveilleux»; enfin, un collier de perles, valant plus de quatre cent mille écus, lequel, dans la maison d’Egmont, «étoit substitué à perpétuité, ni plus ni moins qu’un majorat de Castille ou qu’une principauté de l’Empire[236].»
Un brigantin, servi par des matelots en casaque rouge et argent, munis d’avirons aux armes du maréchal, vint prendre les héros de la fête qu’escortèrent des centaines de barques avec leurs voiles multicolores et leurs pavillons enrubannés: «C’est, dit le chroniqueur, au milieu de la mer, sur le tillac d’un navire, que furent présentées ce grand nombre de femmes aimables que le commerce retient à Bordeaux...»
Durant le cours de la visite, des instruments variés—tambourins, violes, cors de chasse—alternèrent avec des salves d’artillerie. Puis, vint une collation digne de la table des Dieux. Le programme portait ensuite un bal champêtre. Il devait avoir lieu au quai des Chartrons, sous l’orme de la bonne duchesse, un orme gigantesque qui jouait un rôle considérable dans la vie des Bordelais, si l’on en juge par ce couplet, d’une note émue:
Entre tous les ormeaux qui bordent le rivage,
Un vieil orme s’élève, et c’est sous son ombrage
Que, découvrant au loin la surface des eaux,
Le commerçant heureux voit rentrer ses vaisseaux.
Le parjure, jamais, n’approcha cet asile
Et les vieillards disent que, de tout temps,