S’applaudit d’une paix si grande,

Et ressemble au rat retiré

Dans un fromage de Hollande...

Plus loin, se présentait un escadron de jolies femmes qui, luttant de prévenances, escortèrent le héros du jour jusqu’à son palais de la rue Porte-Dijeaux, où, suivant toutes vraisemblances, l’attendaient des arcs de triomphe...

Mme d’Egmont n’avait point pris part à cette glorieuse promenade. D’importantes occupations la retenaient à Bordeaux. Aux troupes régulières destinées à tenir campagne, le patriotisme bordelais avait joint des bataillons de volontaires. Ainsi s’étaient formées les compagnies de Guyenne et de Fronsac, dont les costumes bariolés excitaient l’admiration. La belle comtesse ne voulut pas demeurer en reste. Elle provoqua l’enrôlement d’une troisième compagnie, sous le titre de Volontaires d’Egmont... L’uniforme tirait l’œil: rouge, avec parements de velours noir, aiguillettes d’argent, plumet et cocarde aux couleurs de France... A chaque engagé, elle offrait, de sa mignonne main, la cocarde et le plumet[245].

Les cadres furent vite remplis. Ils comprirent: un commandant, deux lieutenants, un aide-major, trois sergents, trois caporaux, trois anspessades et cinquante-quatre volontaires,—sans compter la colonelle qui ne cédait à personne l’honneur de guider ses recrues[246]. En la voyant défiler à leur tête, l’épée au poing, merveilleusement jolie sous son costume militaire, chacun fredonnait, sur l’air Belle brune que j’adore, ces couplets louangeurs:

Est-ce Pallas, est-ce Bellone

Qui brille de tant de feux,

Conduisant cette colonne

De guerriers audacieux?