Durant le cours de cette scène, Mme d’Aiguillon devise avec Barbot. L’âge, hélas! commence à se faire sentir. La figure s’empâte, la taille s’épaissit, la voix devient plus sonore, bien que ce ne soit pas—comme se plaît à le dire Mme du Deffant—la trompette du jugement dernier. Ce qui, en revanche, n’a pas changé, ce sont les délicatesses de cœur de l’excellente femme, toujours avenante, toujours charitable, toujours spirituelle... A-t-elle vraiment vieilli? On en peut douter: apprenez, disait Mme de Chaulnes, qu’une grande dame reste toujours jeune...
C’est ce que Barbot, avec une complaisance galante, s’efforce de démontrer...
—Flatteur, murmure-t-elle; trêve de menteries!
Et comme le président proteste, jurant que, le matin même, il a transcrit sur ses tablettes des vers en l’honneur de la duchesse...
—Une ode? demande-t-elle...
—Non, Madame, un madrigal.
—Voyons: cela me reportera de vingt ans en arrière, à l’époque où, séducteur, vous serriez de près certaine comtesse et lui enseigniez l’art de choisir un amant...
—Et où, réplique Barbot, vous nous disiez des chansons gauloises telles que la Béquille du père Barnabas[264]!
—Ce temps-là n’est plus, Barbot: on ne sait plus rire en France.
—A qui le dites-vous, duchesse! Maintenant, au lieu d’épîtres amoureuses, j’écris... je vous le donne en cent!... une dissertation sur saint Barnabé[265].