[63] Allusion à ce fait que M. d'Uzès «enfonça son chapeau et opina couvert avec un air de menace».
[64] Saint-Simon dit tantôt 1680, tantôt 1681.
[65] Écrits inédits, t. III, p. 375.
1643!—Trente-cinq ans avant l'élévation de Novion à la Première Présidence... N'est-ce point le cas de rappeler certain vers bien connu:
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
La contradiction avec les Mémoires est si violente qu'on se demande si on a bien lu. Mais voici, dans l'État des changements arrivés à la pairie, un second aveu qui dissipe toute incertitude: Saint-Simon confirme sans ambages que c'est bien à la date sus-indiquée, 1643, que l'abus s'est établi. S'il discute, c'est uniquement pour démontrer que la robe en impose lorsqu'elle fait remonter à une époque antérieure le refus du bonnet. «Le premier vestige, déclare-t-il, qui paraît de cette usurpation si indécente, se trouve sur les registres du Parlement, à la réception du premier duc de Valentinois, en 1643. Les Premiers Présidents, qui sont les maîtres absolus de registres et très soigneux d'y insérer tout ce qui peut être à leur avantage, et, après eux, les présidents à mortier, non moins vigilants, n'auroient pas manqué d'y marquer plus tôt cette usurpation si, plus tôt qu'en ces temps de besoin d'eux et de misères publiques, ils eussent osé commencer[66].»
[66] Écrits inédits, t. III, p. 87.
Les conséquences à tirer de cette double reconnaissance sont si claires qu'il serait puéril d'insister. Ces trois points peuvent être tenus pour acquis: l'affaire du bonnet remonte à une époque antérieure à 1680, au moins à 1643; elle ne fut point une revanche de l'arrêt de 1664; ce n'est pas Novion qui l'engagea.
Que se passa-t-il donc à la réception du cardinal de Noailles? Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour le deviner. Enhardis par leurs succès antérieurs, jaloux d'obtenir davantage, excités peut-être,—l'hypothèse n'a rien d'inadmissible,—par l'attitude acerbe de Novion, escomptant sans doute une de ces impatiences dont il était coutumier, les ducs engagèrent les hostilités sans avoir, au préalable, pris l'agrément du roi. Mais ils avaient trop présumé de leurs forces et mal jugé leur adversaire. Quoique peu endurant de sa nature, celui-ci était trop avisé pour compromettre par une algarade intempestive les intérêts de sa Compagnie. Il sut, en opposant une résistance aussi courtoise qu'opiniâtre, infliger à l'ennemi une de ces défaites dont les battus n'aiment guère à perpétuer le souvenir. Se taire eût été une preuve de sagesse; mais la sagesse n'était point le fait de Saint-Simon. Il estima qu'il importait, non de dissimuler un incident, dont d'autres que lui pouvaient parler, mais de le raconter à sa manière, en intervertissant les rôles: de telle sorte que la robe, qui fut troublée dans une possession, sinon légitime, au moins ancienne, paisible, non équivoque, parut être l'usurpatrice. Les choses ainsi réglées, M. d'Uzès, que les Écrits inédits représentent sous les traits d'un délinquant dont ils blâment «la mauvaise conduite», est, dans les Mémoires, transformé en sympathique redresseur de torts; tandis que Novion qui, contre toute attente, fut, ce jour-là, un modèle de longanimité, devient une façon d'hypocrite qu'il sera désormais permis de charger de tous les péchés d'Israël. Cette combinaison, organisée avec une désinvolture qui paraîtrait inadmissible si, dans la suite de ce travail, on n'en rencontrait pas de nouveaux et fréquents exemples, était d'autant plus tentante qu'elle fournissait l'heureuse occasion d'accabler le détracteur acharné des ducs, le bourgeois «infecté de l'amour du bien public», le factieux du cabinet de la «première des Enquêtes», le rédacteur d'impertinentes remontrances adressées à une reine, le champion, jadis si vibrant, de ces doctrines parlementaires dont la pairie avait horreur!
A ne considérer que le but à atteindre, la perfidie était peut-être excusable. Malheureusement elle ne pouvait résister à la publication du Mémoire abrégé, de 1714, et de l'État des changements, de 1711. Mais aussi, comment prévoir que ces pièces malencontreuses auraient l'honneur d'être classées dans nos archives, exhumées de la poussière à la fin du dix-neuvième siècle et imprimées par un chercheur aussi indiscret que zélé!... Quoi qu'il en soit, la morale à tirer de ces constatations, c'est que le rôle prêté par les Mémoires à Nicolas de Novion est de pure fantaisie. De pure fantaisie, également, la mise en scène où on le représente déposant son bonnet sur le bureau, le replaçant ensuite sur sa tête, l'ôtant à la première alerte, le reprenant encore comme par inadvertance, levant enfin le masque à la manière de Tartuffe, et le tableau tout entier si vivant, si coloré, si pittoresque... C'est dommage; car, dans l'œuvre du maître, il est parmi les mieux venus.