«—Comment! mon neveu, reprit le roi avec émotion, le fils de cette folle qui a couru M. Arnauld partout! Un janséniste! je ne veux point de cela avec vous.

—Ma foi, Sire, lui répondit M. d'Orléans, je ne sais point ce qu'a fait la mère; mais, pour le fils, être janséniste!... Il ne croit pas en Dieu.

—Est-il possible, reprit le roi, et m'en assurez-vous? Si cela est, il n'y a point de mal; vous pouvez le mener[121]

[121] Mémoires de Saint-Simon, t. V, p. 135. Voir également (t. III, p. 414) le récit relatif à la visite du chirurgien Maréchal à Port-Royal-des-Champs.

C'étaient, chaque jour, des manifestations de même nature, se traduisant par des actes non moins caractéristiques[122]... Quel merveilleux moyen, pour perdre le serviteur dans l'esprit du maître, que cet antagonisme en matière religieuse! Quel puissant appui les ducs n'allaient-ils pas trouver auprès du cénacle dans l'intimité duquel se réfugiaient les scrupules séniles du roi! Celui-ci n'avait plus cette volonté tenace devant laquelle tout cédait. Certaines personnes, affectionnées d'une façon plus spéciale, le dirigeaient sans peine, à condition de ne le point heurter de face et d'attendre qu'un travail patient et assidu eût porté ses fruits. Les voies furent ainsi préparées et, quand sonna l'heure décisive, la meute entière donna à pleine voix. M. de La Rochefoucauld, qui avait eu, de tout temps, l'oreille de Sa Majesté, intervint au dernier moment et porta de si furieux coups «d'estramaçon» qu'il obtint gain de cause. C'est Pontchartrain qui fut choisi: Harlay, courbé sous l'affront, put se convaincre de la fragilité des ambitions humaines, même lorsqu'elles reposent sur la parole du plus grand des rois. On ne lui épargna, du reste, aucune avanie. Saint-Simon clôture, en effet, le bulletin de la journée par cette note suggestive: «Aucun de nous ne se cacha de lui nuire en tout ce qu'il put, et tous se piquèrent de faire éclater leur joie lorsqu'ils le virent frustré de cette grande place. Le dépit qu'il en conçut fut extrême et si public qu'il en devint encore plus absolument intraitable et qu'il s'écrioit souvent, avec une amertume qu'il ne pouvoit contenir, qu'on le laisseroit mourir dans la poussière du Palais[123].»—Ailleurs, les Mémoires diront plus franchement «qu'il en creva de rage[124]».

[122] L'une des plus remarquables avait été la substitution, pour les représentations de Saint-Cyr, de la tragédie de Jephté, de l'abbé Boyer, un poète de cinquième ordre, à l'Athalie, de Racine, frappé d'ostracisme, parce que réputé janséniste. Voir, à ce sujet, un article de M. Gazier, dans la Revue hebdomadaire du 18 janvier 1908.

[123] Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 219.

[124] Ibid., t. X, p. 224.

La vérité est que, vers cette époque, peut-être à la suite des assauts dont il venait d'être l'objet, il fut atteint d'une attaque d'apoplexie pour laquelle on le saigna quatre fois,—accident qui inspira l'épigramme suivante, plus acerbe que spirituelle: