[263] Extrait d'une lettre du marquis de Louville au duc de Saint-Aignan, citée dans la Notice sur la vie et les mémoires du duc de Saint-Simon, par Chéruel, p. XLV.
[264] Les correspondants de la marquise de Balleroy, t. I, p. 71.—Une chanson contre le Régent faisait allusion à cet incident. (Chansonnier historique, t. II, p. 225):
Il traite de Jean F...
De Mesmes en sa maison,
Fais lui dire des messes
Aux Petites Maisons.
Les querelles de personnes allaient désormais dominer l'affaire. La robe était trop nombreuse pour qu'il n'y figurât point des individualités prêtant le flanc à la critique. Il devint de bon ton, chez les ducs, de les tourner en ridicule. Mais ce sont surtout les présidents qu'on se plut à larder de sarcasmes[265]. Il n'y en avait qu'un, parmi eux, qui eût l'apparence «de l'ancienne chevalerie». C'était M. de Maisons: encore sortait-il récemment d'un huissier fieffé du village de Longueil, en Normandie. Qu'on juge des autres! Tous petits-fils «de procureurs, gargotiers, et autres artisans achetant ou vendant au fond de leurs boutiques»! Celui contre lequel on s'acharnait le plus, c'était,—à tout seigneur tout honneur,—M. de Mesmes, «l'homme qui se ruinoit en breloques»... Il est vrai que, de ce côté-là, les railleurs avaient la partie belle...
[265] Les présidents à mortier étaient en 1715: Messires Jean-Antoine de Mesmes, premier, André Potier, Jean-Jacques Charron, Étienne d'Aligre, Chrétien de Lamoignon, Antoine Portail, Michel-Charles Amelot, Louis Le Pelletier, Nicolas-Louis de Bailleul, de Longueil de Maisons.
Les de Mesmes, dont l'illustration n'était pas discutable, avaient, en effet, la faiblesse de prétendre à beaucoup mieux. «Ils se piquent furieusement de noblesse», écrit Tallemant des Réaux[266]. S'il faut l'en croire, celui de leurs aïeux qui enseignait le droit à Toulouse n'était point un professeur ordinaire: il faisait son cours «par plaisir»,—comme M. Jourdain cédait des pièces de drap, pour obliger ses amis. La famille, en ce temps-là, se déclarait issue d'un Romain de marque, le consul Memmius. Depuis, elle avait fait une nouvelle découverte qui donna un autre cours à son ambition. Dans l'admirable bibliothèque qu'elle possédait figuraient deux manuscrits d'une rare valeur: la bible de Théodulphe, évêque d'Orléans sous le règne de Charlemagne, et le psautier de la reine Ingeburge, de Danemark, femme de Philippe-Auguste... Ce psautier, sur vélin, «se fermant à deux fermouers de néelles à fleurs de lys pendant à deux lacs de soye et à deux gros boutons de perles et une petite pippe d'or[267]», était, avec ses vingt-sept miniatures représentant des scènes de l'Ancien Testament, des Évangiles, de la vie de «Madame Sainte Marie», une merveille de l'art français au treizième siècle. Conservé pieusement dans la maison royale, il devint le livre préféré de saint Louis, disparut à l'époque de l'occupation anglaise, appartint, si l'on en croit la légende, à Charles le Téméraire, à Philippe II d'Espagne, à sa fiancée, Marie d'Angleterre, et à une série de personnages dépourvus de notoriété. Au commencement du dix-septième siècle, il se trouvait à Londres, où Pierre de Bellièvre, ambassadeur de France, agissant pour le compte des de Mesmes, ses parents, parvint à l'arracher «à des mains profanes». Ce qui, au regard des nouveaux acquéreurs en doublait le prix, c'était qu'un des feuillets portait cette mention que saint Louis avait fait don de ce joyau à son premier chapelain, Guillaume de Mesmes, lequel, manifestement, ne pouvait être étranger à la puissante dynastie parlementaire!... Mention d'une authenticité douteuse, bien que Moreri et, après lui, certains généalogistes complaisants, aient accepté comme exactes et l'existence du chapelain et sa parenté avec les détenteurs du manuscrit... Par malheur, l'un des ancêtres du Premier Président eut, vers 1670, l'imprudence de commander un mémoire justificatif, lequel était imprimé sur trois pages in-folio, et les intéressés s'avisèrent qu'il devait être soumis au juge d'armes du roi: nous avons nommé d'Hozier. Celui-ci, indépendant par sa fonction et ne se croyant pas tenu à la même condescendance que ses confrères, déclara que les de Mesmes, quoique constituant «une famille glorieuse», étaient issus de simples bourgeois... Ce qui obligea à rentrer précipitamment les trois pages in-folio que l'on se disposait à répandre sur Paris et la province[268].
[266] Historiette de M. d'Avaux.
[267] Inventaire des joyaux de la Couronne de 1418. On appelait pippe une tige métallique à laquelle se rattachaient les rubans servant de signets.
[268] Le psautier de la reine Ingeburge fut légué en 1812, par Albert-Paul de Mesmes, comte d'Avaux, à la famille de Puységur. Acheté plus tard par le duc d'Aumale, il se trouve actuellement dans la vitrine d'honneur de la galerie du château de Chantilly. Ces indications sont extraites du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. I, p. 397 et suiv.
Rappelée à grand renfort de publicité, exploitée dans ses menus détails, agrémentée de la façon la plus désobligeante, cette aventure malencontreuse était, dans la bouche des ducs, un sujet d'incessantes railleries... Il y avait bien aussi l'histoire d'une tapisserie dans laquelle les armes des de Mesmes avaient été substituées aux armes de Navarre... Peut-être même y en avait-il encore d'autres!—Tout cela remontait, d'ailleurs, à cinquante ans; mais on en jouait avec tant d'entrain qu'on eût pu croire que ces menus ridicules dataient de la veille[269].