«Le tambour roulait toujours et des soldats venaient de tous les côtés: les uns étaient de très jeunes gens, forts et robustes, d'autres étaient plus âgés. Jeunes et vieux partaient tous, pleins d'ardeur et de vaillance, au secours de leur pays envahi.

«Pendant que les soldats se rassemblaient, les bergers et les bergères faisaient rentrer leurs troupeaux dans les étables; les belles dames bien habillées se cachaient avec leurs bébés tout au fond de leurs boîtes ou préparaient de la charpie pour les blessés; et, déjà, sur terre et sur mer, dans les plaines et sur les montagnes, les fusils partaient, les canons tonnaient, coulant des bateaux, abattant des bataillons entiers de soldats.

«Des fermes étaient en feu, des villages entiers croulaient sous le choc des obus; les soldats gris étaient sans nombre, mais d'autres soldats arrivaient sans cesse pour lutter contre eux: les uns vêtus de brun ou de vert, les autres coiffés de hauts turbans; et des blancs et des nègres, et toute une armée qui venait de bien au delà des mers, et de hardis cavaliers qui chargeaient sans répit, sans trêve, jusqu'au moment où les soldats gris, harcelés de tous côtés, vaincus, s'enfuyaient en déroute.

«Déjà les belles dames et les bébés brandissaient des drapeaux de toutes les couleurs.

«Revenus enfin au pays qu'ils avaient délivré de l'ennemi, les soldats embrassaient leurs femmes et leurs enfants, reprenaient avec joie leurs pacifiques travaux; et tous les gens, fermiers, belles dames, ouvriers, voyageurs, bergers, disaient avec satisfaction: «La paix est faite, la paix est faite.»

«Et pourtant, des femmes qui avaient perdu leurs fils ou leurs maris pleuraient encore; des enfants étaient vêtus de noir; des infirmes passaient sans bras, ou sans jambes, ou sans yeux pour voir la lumière du soleil. Années de tueries! années de massacre! Pourquoi tout cela? Pourquoi? Pourquoi?»

Un léger craquement se fit entendre à ce moment du côté de la porte. Le tambour ne parlait déjà plus. La marchande n'entendait plus.