La main de l'ouvrier qui esquissa naïvement les traits de son visage tremblait un peu. Voilà pourquoi Quillembois eut le nez de travers; sa bouche ne fut pas non plus dans le prolongement exact de son nez, ainsi que le veulent les règles de l'esthétique, mais ses yeux noirs, bien d'aplomb, regardaient franchement en face d'eux, sans peur ni forfanterie.

Lorsque sa tunique bleue fut sèche, on lui colla un bras de bois de chaque côté du corps; on lui colla ensuite un fusil jaune le long du bras droit, un sac brun sur le dos, un pompon rouge sur son shako et, sous les pieds, en guise de godillots, une large et confortable rondelle verte, au centre de laquelle il se tint bien campé, prêt à recevoir victorieusement tous les chocs.


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Comme Quillembois avait une tête et un corps en bois, il était naturellement enclin à l'obéissance et peu sensible à la douleur. Il ne se plaignit donc pas lorsqu'un jour il fut mis dans une boîte garnie de mousse et de fragments de vieux journaux en compagnie d'une douzaine d'autres soldats, d'un tambour, d'un canon, d'un capitaine, d'un porte-drapeau et de six arbres fraîchement vernis dont l'odeur portait quelque peu à la tête.

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