—Quel rapport entre Mlle d'Évran....

—Et M. Grandperrin? Attendez, vous désirez tout savoir avant d'avoir entendu. Mlle Alise d'Évran est la belle-fille de M. Grandperrin par cette raison bien simple que M. Grandperrin a épousé Mme veuve la marquise d'Évran, sa mère.

—Assez forte mésalliance entre l'hermine et le blaireau.

—Vous en parlez bien à votre aise, vous, monsieur Albert. Et la rigueur des temps, vous n'en tenez pas compte? Vous ne savez pas que ce pauvre marquis avait risqué et perdu presque tout son avoir dans une entreprise industrielle où il ne voyait pas clair ... qu'il avait laissé sa veuve ruinée, d'une santé très compromise, avec une charmante petite fille aux yeux superbes, mais qui toussait à en faire frémir, et qui n'avait plus qu'un souffle.... M. Grandperrin, depuis longtemps reçu et estimé dans la famille, et déjà riche à millions, est venu à point dans une heure de crise, a demandé très humblement sa main à Mme d'Évran, qui, ne songeant qu'à sa chère petite presque mourante, et dont l'avenir était noir, a consenti par amour maternel.... Et voilà comme Mlle Alise d'Évran est devenue la belle-fille de M. Grandperrin....

—Circonstances atténuantes, répondit Albert avec un soupir d'allégement. C'est égal, pour la marquise d'Évran, s'appeler Mme Grandperrin, c'est dur....

—Peut-être, reprit Germaine. Mais depuis, la petite fille a grandi dans l'or et dans la soie, comme une belle enfant dorlotée, gâtée, adorée. Autrement, elle n'eût pas vécu et ne fût pas devenue la grande demoiselle que vous auriez pu voir si vous étiez entré cinq minutes plus tôt.

—Charmante, un modèle de perfections, n'est-ce pas? dit Albert avec une nuance d'ironie.

—Sans doute, fort belle à tous égards, ni trop sérieuse, ni trop enjouée, pensant juste, parlant bien, et marchant avec une grave élégance.... Mais tenez ... brisons là, vous m'en feriez trop dire.

—Une vraie Parisienne moderne, dit gaiement Albert, jouant Orphée aux Enfers et Giroflé-Girofla.

—Oh! reprit vivement Germaine, vous qui chantez si bien, soit dit sans compliment, si vous entendiez de sa main Mozart et Beethoven, dès la première note vous comprendriez qu'elle a su garder le respect des maîtres.