Elle était pourpre. D'instinct elle étreignit sa cravache comme pour en frapper l'insulteur ... mais la cravache lui tomba des mains, et par une réaction subite, Mlle d'Évran, de pourpre qu'elle était, devint pâle comme une morte.... Ses yeux se fermèrent, elle défaillit et s'affaissa dans les bras d'Albert.... Il reçut pieusement le fardeau sacré, l'emporta près d'une source vive qui pleurait sous les grands arbres, déposa Mlle d'Évran sur la mousse comme un enfant qui dort, enveloppa religieusement des longs plis de sa robe les petits pieds qu'il ne songeait plus à voir, lui jeta de l'eau fraîche au visage, s'agenouilla devant elle et attendit....
Quand elle rouvrit les yeux, comme en sortant d'un mauvais rêve, elle ne parut ni courroucée, ni confuse, mais triste, profondément triste, comme d'une grave infraction à sa liberté individuelle, faute sérieuse qu'elle avait peine à comprendre et qu'elle ne pardonnait pas.
Lorsqu'elle fut à peu près remise de son trouble, elle se leva (Hermine arrêtée broutait des branches de saule en attendant sa maîtresse). Albert se disposait à la suivre; elle l'arrêta d'un geste.
—Je n'ai besoin de personne, dit-elle.
Elle se fit un montoir d'un vieil arbre tronqué, se remit prestement en selle et, sans détourner la tête, elle disparut au galop sous les hautes voûtes de la forêt.
XI
Le lendemain se trouvait être un dimanche. A l'heure des vêpres, quand Mlle d'Évran entra dans l'église, Albert et Alexandre étaient près du bénitier. Tous deux lui présentèrent l'eau bénite. Alise toucha le doigt d'Alexandre, et passa devant Albert sans le voir.
Plongé dans un abîme de réflexions désespérées, Albert se demandait comment il pourrait sortir de cette impasse terrible où se perdaient sa tête et son coeur.