Une singulière occasion lui vint en aide.
Alexandre n'avait pas l'habitude de mettre les pieds à l'église. Il y était entré, ce jour-là, par hasard, par pur désoeuvrement, ne sachant trop que faire, pour voir. Il regardait les pratiques religieuses comme une faiblesse bonne tout au plus pour les enfants, les femmes et les vieillards. Quant à lui, il n'admettait que la souveraineté de la raison.
L'abbé Dufresne, ce jour-là prêchait précisément le contraire, disant que la haute intelligence des plus grands personnages n'expliquait absolument rien, que, malgré tous nos progrès scientifiques, il est certaines questions sur lesquelles l'homme du XIXe siècle n'est pas plus avancé que Noé sortant de l'arche; et que l'enfant au berceau, qui n'a pas fait ses dents et bégaye ses premières paroles, en sait tout aussi long que le vieillard de quatre-vingts ans, dont toutes les dents sont parties, et qui radote en sceptique.
Il parla fort éloquemment.
Pendant le sermon, Alexandre eut des accès d'impatience, de petits bâillements étouffés, de légers mouvements d'épaules, certains clignements d'yeux, un jeu de physionomie presque irrévérencieux; il toussa, piétina, se leva brusquement, et, sous prétexte de voir de près les tableaux appendus, il fit une petite promenade, examinant les chemins de croix qui décoraient humblement les murs presque nus de cette pauvre église de village.
Il dérangea même quelques dévotes recueillies, qui reculèrent leur chaise poliment, mais semblèrent toutes surprises d'un tel procédé; enfin, à bout de patience, il sortit au milieu du sermon.
Albert, qui ne perdait aucun de ses mouvements, sortit presque aussitôt, et comme il y avait beaucoup de monde épars dans le cimetière autour de l'église, on put entendre les paroles échangées:
—C'est scandaleux, disait Albert. Agissez à votre guise, en plein air, tant que bon vous semblera, mais non pas dans notre église.
—C'est une leçon? répondit Alexandre.
—Certainement....