J'aime le sourire des gens graves. Quand je vois s'entr'ouvrir la bouche discrète des penseurs, je me souviens des riches floraisons répandues sur les calmes étangs des bois: trèfles d'eau, sagittaires, nymphaeas, villarsies. Les enfants qui passent ne se doutent pas des longues racines chevelues qui plongent aux abîmes; ils n'aperçoivent que la fleur suave éclose des profondeurs.
Pour marcher dans l'histoire, quel guide préférez-vous, de Jules ou de Henri? L'un vous prend la main comme à un enfant, et, témoin ému de vos rires et de vos pleurs, vous promène haletant à travers les comédies ou les drames du passé; l'autre est froid et fatigant comme un procès-verbal: ce sera l'Anquetil des races futures; on l'achète pour meubler sa bibliothèque, mais on l'ouvre peu. Il me semble que la Muse sévère de l'histoire n'interdit pas les manifestations de la vie; flammes visibles ou feux couvants, tous les vrais historiens sont passionnés. Hérodote est grand-oncle de l'Arioste; Thucydide, un peu cousin de Tyrtée; et Tacite frère de Juvénal.
Il est des heureux qui naissent pour aimer, d'autres pour être aimés.
Pourquoi saluez-vous le corbillard qui passe, conduisant un mort que vous n'avez jamais connu? les opinions varient: les Pharisiens disent: «Bon voyage; il ne pourra plus nuire: morte la bête, mort le venin;» les chrétiens: «S'il a eu des torts envers moi, j'en ai eu peut-être à son égard: je lui pardonne;» les masses, raisonnant peu, mais souvent fort éclairées sans le savoir, obéissent à une pensée plus haute, saluent, à son entrée dans une autre vie, un être d'un ordre supérieur, et tirent simplement leur casquette à l'immortalité de l'âme.
A notre époque, les acteurs comiques, injectés d'atrabile, succombent à des accès de folie noire, tandis que les préposés aux pompes funèbres meurent souvent de pléthore alcoolique, exhilarés, épanouis; leur dernier soupir est un éclat de rire.