Disons de suite, pour ne pas l'oublier, que Mme Verdier, la femme du notaire, avait, au retour, fait à Thérèse un tableau navrant du pauvre Henri Paulet, inconsolable de son brusque départ et rentrant seul et désespéré dans sa grande ville de Bordeaux, où il emportait en plein coeur l'image de Thérèse oublieuse. Thérèse était beaucoup trop sévère pour lui, pensait et disait Mme Verdier d'un air et d'un ton de reproche.
C'était une excellente petite femme que Mme Verdier, plutôt blonde que brune, sans caractère bien accusé, mais, bienveillante et potelée, adorant son mari et ne s'en cachant pas,—n'ayant pas eu d'enfants, mais aimant avec frénésie ceux des autres. Elle eût donné une partie de sa fortune pour faire des heureux. Il y a peut-être peu de femmes comme elle, mais il y en a, fort heureusement, et leur aspect vous console des types rêches qu'on rencontre trop fréquemment dans les ornières de la vie.
A l'encontre des égoïstes, dont le bonheur est fait du malheur d'autrui, elle était surtout heureuse du bonheur des autres.—Elle avait très sincèrement pris part à la douleur vraie d'Henri Paulet, et tout naturellement fait de son mieux pour le consoler, lui disant d'espérer quand même ... que peut-être tout n'était pas définitivement perdu.... En attendant, elle l'avait autorisé à lui écrire, et avait promis de lui répondre.
Quant au docteur Laborde, il avait un peu rassuré Mme Desmarennes sur l'état alarmant du chef de la famille.
—Ne soyez pas trop inquiète, avait-il dit; il est promptement revenu d'une première attaque, ce qui nous offre un signe rassurant; une seconde n'est pas à craindre de si tôt, et vous savez qu'il n'y a que la troisième qui soit vraiment dangereuse. Une bonne hygiène, des ménagements, des précautions, pas d'émotions trop vives. On peut durer longtemps dans ces conditions-là.
Evidemment; mais le programme du docteur n'était pas facile à réaliser après les désastres financiers qui avaient si rudement frappé le pauvre homme. Le malade avait des hauts et des bas, comme on dit: tantôt des jours de profonde accalmie, tantôt des jours sombres où les pensées noires tournaient et retournaient dans sa grosse tête troublée, comme de mauvaises graines aux cribles de ses moulins.
Un matin d'orage, après une nuit d'insomnie, Desmarennes, sous prétexte de grande fatigue et de manque absolu d'appétit, ne descendit pas déjeuner.
Il resta dans sa chambre de travail, où il avait à répondre, disait-il, à de nombreuses lettres d'affaires en retard depuis longtemps.
Très inquiète, Thérèse veillait.
Desmarennes, se croyant bien seul, écrivait ... sans doute ses dernières volontés.