Et sur quel prétexte? Que l'orateur n'était pas dans la question. Quoi? l'ordre du jour est la question sociale; et traiter devant le Congrès de la paix et de la liberté, de la guerre sociale, de ses horreurs et des intrigues et des crimes de ceux qui la font dans le présent et la préparent de nouveau dans l'avenir, ce n'était pas être dans la question!
Qu'entend donc sous le nom de guerre le Congrès de la paix? N'est-ce pas le sang versé, la violence exercée par l'homme contre l'homme, le meurtre enfin? La guerre sociale ne serait-elle pas une guerre!—Mais c'est la plus âpre et la plus cruelle! Comment donc ce Congrès peut-il se récuser, quand on vient invoquer son verdict sur de tels faits au nom de la paix, de la morale et de la justice?
C'est une grande et cruelle erreur de la bourgeoisie libérale, que de croire qu'en fermant les yeux sur des faits si énormes et si graves, elle peut échapper à leurs conséquences et conserver elle-même quelque influence et quelque valeur. Se poser en moraliste et dire: Ce crime, parce qu'il est puissant, ne nous regarde pas; en politiques, et n'aborder que les théories; en adorateurs de la liberté, et refuser la parole à qui la réclame,—de quels résultats sérieux peut-on se flatter?
La bourgeoisie a la plume, la parole, l'influence. Elle pouvait se faire l'organe des revendications du peuple égorgé, opprimé, vaincu. Elle n'eût été en cela que l'organe de la justice.
J'étais venue à ce Congrès avec une espérance; j'en suis sortie profondément triste. Que répondre désormais à ceux qui parlent de parti pris, et mettent en doute la bonne foi? Que faire contre une scission de plus en plus accusée, quand l'union, seule pouvait conjurer l'épouvantable crise qui, tôt ou tard, au lieu et place de la raison et de la justice, devra résoudre le problème? Pour les hommes attachés au milieu bourgeois, ce qu'ils nomment les convenances étouffe les principes. Ils vivent de compromis; puissent-ils n'en pas mourir!
ANDRÉ LÉO.
Lausanne, 27 septembre 1871.
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