Un jour, conte la légende dorée, rapportée par Mlle Diémer, trois voyageurs rencontrèrent des légionnaires qui rayaient une route romaine à travers la montagne. Le centurion qui commandait la troupe les interrogea : d'où venaient-ils?

— De Rome.

— Où allaient-ils?

— Là-bas, de l'autre côté de la montagne.

Le centurion leur donna un guide. Pendant une heure ils marchèrent. Tout à coup, dans le soleil couchant, à leurs yeux la plaine se découvrit.

Alors le plus âgé des voyageurs se tourna vers ses compagnons. Son geste montra la terre d'Alsace fertile et baignée de lumière : “Frères bien aimés, dit-il, préparez vos javelles, car voici la moisson que le Seigneur vous donne.”

S'étant assis, ils prirent un frugal repas et puis, avant de se remettre en route, lièrent ensemble deux rameaux en forme de croix. Puis, à la pointe du couteau, l'un d'eux traça des signes sur le grès.

Quelques jours après un passant s'arrêta et lut :

“Au nom de Dieu et de Notre Seigneur Jésus, moi, Materne, disciple de Pierre, j'ai pris possession du pays.”

Cette possession fut durable. Le moyen âge vit la plaine et les montagnes se hérisser d'églises, de chapelles, de couvents, de monastères. Plus tard la réforme ne fut pas accueillie avec moins de ferveur. Même dans les temps de scepticisme la foi, d'une manière générale, a subsisté. Mais elle fut toujours tolérante en Alsace : souvent protestants et catholiques alternaient leur culte dans le même édifice.