L'oublier! De sa plus belle écriture, chacun des enfants, sur une feuille de papier toute blanche, a indiqué à la bienveillance de Christkindel ses vœux les plus chers. En lettres énormes, la bouche entr'ouverte, le front moite, Hansli a écrit : “La boîte des soldats de plomb français.” Il a souligné si fort qu'il a fait un pâté. Mais ça compte tout de même.
Passionné, il répète encore une fois :
— Alors, vraiment, tu crois que Christkindel me l'apportera?
Une apostrophe le fait tressaillir.
— Moi, je crois que Christkindel ne t'apportera rien du tout. J'ai écrit à Hans Trapp pour qu'il vienne t'offrir un paquet de verges toutes neuves trempées dans du vinaigre.
Cette voix railleuse, c'est celle de Marc. Sans doute que l'attente l'énerve lui aussi. Les grands frères taquins sont tous les mêmes.
Ainsi interpellé, voici que le visage tout rond de Hansli s'allonge. Sans doute que malgré son âge encore tendre, il n'a plus en Christkindel, le Noël des enfants sages, et en Hans Trapp, son redoutable compère, cette foi littérale qui fut celle des générations périmées. Et il semble bien que dans la cérémonie grand-père, papa et maman jouent un rôle plus décisif que ces personnages qu'on n'a jamais vus. Pourtant, en somme, il y a là quelque chose d'obscur. D'un ton qui veut être suffisant, Hansli riposte :
— Ça n'est pas vrai. N'est-ce pas, Idelette, que Hans Trapp n'existe pas?
S'il n'existe pas! Marc lève les bras au ciel d'un geste de stupeur. S'il n'existe pas, cet affreux bonhomme vêtu de peaux d'ours, avec sa figure toute noire, sa barbe hirsute, des verges plein les mains!…
— D'ailleurs tu verras bien tout à l'heure. Il m'a promis de venir pour te punir de n'avoir pas voulu l'autre jour me prêter ta boîte à couleurs.